Les causes profondes du communautarisme éthiopien

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Urbanisation de la périphérie rurale (nord-ouest d’Addis Ababa (photo SD 2016)

Sisyphe ou la récurrence des tensions identitaire en Ethiopie

Semblant prise dans une logique violente, l’Ethiopie se voit être le théâtre de nombreux affrontements au caractère identitaire, du moins en apparence. Cette fois dans le Tigray, ce lundi 22 octobre, des habitants d’Alamata (400 kilomètres au nord d’Addis Ababa) se sont heurtés aux forces de l’ordre du Tigray en réclamant le rattachement d’Alamata à l’Etat-région de l’Amhara. Cette région à dominante amhara a été rattachée à l’Etat-région du Tigray en 1994. Les affrontements auraient fait 7 victimes (3 selon le gouvernement local du Tigray) et de nombreux blessés.

 

Le système fédéral “ethnolinguistique” : un boîte de Pandore éthiopienne!

Les tensions communautaires qui ont secoué l’ouest de l’Ethiopie au début du mois d’octobre sont un signal fort. Cela signifie que le vent de réforme soufflant sur le pays n’est pas suffisant en promesses et réalisations, mais aussi que les clivages sont profonds. A l’échelle nationale, ces tensions ont des causes d’ordres divers -identitaires, religieux et économiques-, mais toutes trouvent leur expression dans le communautarisme. L’implosion de l’Ethiopie -ou sa balkanisation-, qui lui avait été prédite en 1995 lors de la promulgation de la Constitution fédérale “ethnolinguistique”, serait-elle en train de se produire à retardement ?

Une chose est indiscutable. C’est qu’en trois décennies, les Ethiopiens ont pris conscience d’une appartenance identitaire. Alors que celle-ci n’avait que fort peu de pertinence au départ, l’appartenance culturelle et communautaire devient un marqueur social de premier plan, cependant que le premier facteur identitaire des Ethiopiens fut de tous temps la religion. La succession d’incidents communautaires en Ethiopie souligne à quel point ce phénomène comptera au premier rang des préoccupation du nouveau pouvoir d’Addis Abäba.

Au-delà de l’aspect identitaire de ces violences qui semble le seul considéré par les médias, ce sont des causes plus profondes qui s’expriment. Depuis plusieurs années, la périphérie d’Addis Abäba est régulièrement secouée par des manifestations violentes et des troubles sociaux qui expriment avant tout une crise foncière dans laquelle le ressentiment de jeunes Oromo à l’égard de la capitale vestige de “l’impérialisme amhara” n’est qu’un vernis.

Outre être enserrée dans la région Oromiya, la capitale éthiopienne est en forte croissance territoriale et humaine. Plus que l’extension du bâti, c’est sa polarité qui s’étend loin au-delà de ses limites fédérales d’Etat-région. Avec cette avancée du front d’urbanisation, toute une zone tampon se crée sur fond de crise foncière, là où le coût de la vie urbaine et le prix du foncier  heurtent le niveau de revenu rural.Ailleurs aussi, dans les régions de l’ouest en particulier, l’enjeu est le plus souvent celui de la terre. Plus qu’une lute territoriale, c’est la manifestation d’une misère économique qui est exprimée dans les affrontements inter-communautaires.

La démographie galopante est devenue le principal facteur des constructions explicatives de la géopolitique éthiopienne. Cependant, il est encore fort peu souvent invoqué, au-delà de la simple évocation. Certes, l’Ethiopie dépasse les 105 millions d’habitants (deuxième population d’Afrique), certes près de 45% de sa population ont moins de 15 ans (près de 20% a moins de 4 ans) et sa population a doublé en vingt ans. L’indice synthétique de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme au cours de sa vie) a baissé de 7,2 enfants en 1990 à 4,6 enfants par femme en 2015. Cela constitue bien sûr des défis majeurs pour l’économie nationale dans la décennie à venir, mais il y a un rapport avec l’occupation du sol à considérer quand 80% de la population vit sur 30% du territoire.

L’instrumentalisation de l’appartenance identitaire suppose l’établissement de rapports hiérarchiques (dominants/dominés) entre les cultures, comme la victimisation des Oromo. Cependant, ces constructions sont indéfendables par un historien.

 

Voir :

http://www.bulac.fr/conferences-rencontres/autres-regards/archives-2012-2016/trente-ans-qui-ont-change-lethiopie/

Sources démographiques :

http://www.demographicdividend.org/country_highlights/ethiopie/?lang=fr

Dans la presse :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/02/ethiopie-des-dizaines-de-morts-dans-des-affrontements-entre-l-opposition-oromo-et-la-police_5006983_3212.html

https://www.bbc.com/news/world-africa-45724440

https://www.borkena.com/2018/10/07/oromo-liberation-front-says-it-did-not-return-to-ethiopia-for-peaceful-struggle/

https://www.borkena.com/2018/10/10/ethiopian-government-warns-oromo-liberation-front/

https://www.borkena.com/2018/10/15/olf-gunmen-allegedly-killed-three-ethiopian-soldiers/

 

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Centre culturel oromo, Addis Abäba (photo SD 2018)

 

 

 

 

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